Lyon, le 18 novembre 2025 — Entre les avenues Jean Jaurès et Leclerc, dans le 7ᵉ arrondissement de Lyon, le secteur Lortet / Yves Farge étouffe. Depuis des années, les riverains et commerçants subissent une dégradation continue de leur cadre de vie, marquée par des occupations illégales, des actes de violence et une insécurité grandissante.
Malgré les multiples alertes lancées par le Comité d’Intérêt Local (C.I.L.) Lyon 7, les réponses des institutions se font attendre. Une lettre ouverte envoyée à la Préfecture du Rhône le 6 novembre 2025 résume l’exaspération générale : « Les habitants ne se sentent plus en sécurité, restreignent leurs sorties, et ne permettent plus à leurs enfants de jouer dehors comme autrefois. » Un constat accablant, étayé par des témoignages, des images édifiantes et une mobilisation citoyenne sans précédent.
Un quartier en proie à l’insécurité et à l’abandon
Les problèmes qui rongent le quartier Lortet / Yves Farge ne sont pas nouveaux.
Dès décembre 2021, le Comité d’Intérêt Local (C.I.L.) Lyon 7 tirait la sonnette d’alarme concernant les camps informels installés sous les trémies de la gare Jean Macé. Après quatre longues années de signalements répétés, une évacuation totale a enfin eu lieu en Juillet 2025, sous l’impulsion de François-Noël Buffet, alors ministre auprès du ministre de l’Intérieur. Pourtant, cette opération, bien que saluée comme un soulagement par les riverains, n’a pas suffi à rétablir la tranquillité. Aujourd’hui, le secteur reste le théâtre de nuisances persistantes, voire aggravées.
Le parking situé à l’angle de la rue Lortet et du boulevard Yves Farge, mitoyen à l’entreprise DHL, est devenu un symbole de cette crise. Malgré l’évacuation des caravanes, des tentes y sont toujours présentes, et les riverains dénoncent une insécurité galopante. Agressions verbales et physiques, vols à l’arraché, vols à la roulotte, tentatives d’agressions sexuelles (lorsque les camps sous les trémies Yves Farge et Jean Macé étaient encore en place) : les plaintes se multiplient, sans que des mesures efficaces ne soient prises. « Certains employés viennent travailler la boule au ventre », confie un commerçant sous couvert d’anonymat, illustrant le climat de peur qui s’est installé. Certains riverains se restreignent de porter plainte de peur de représailles.
À quelques mètres de là, le « village d’insertion » de la rue Lortet concentre lui aussi les tensions : nuisances sonores, mendicité agressive, personnes en état d’ébriété sur la voie publique, enfants courant sur les routes… Les responsables d’Habitat et Humanisme, alertés lors d’une réunion, avaient promis des solutions. Pour l’instant, les riverains attendent toujours. « On nous parle de contraintes juridiques, mais pendant ce temps, la situation empire », s’indigne Lucas Latocca, Président du Comité d’Intérêt Local (C.I.L.) Lyon 7.
Les commerces du quartier paient un lourd tribut à cette dégradation. Plusieurs établissements ont été victimes de pillage ou de mendicité intrusive, poussant une partie de leur clientèle à déserter les lieux.
Résultat : une baisse significative du chiffre d’affaires, dans un contexte économique déjà difficile. « Des clients refusent désormais de venir dans le quartier », explique un gérant, qui évoque une atmosphère de plus en plus tendue. Les images parlent d’elles-mêmes : en juin 2025, l’Espace Game, situé boulevard Yves Farge, a subi d’importants dégâts. En septembre, une rixe par arme blanche a éclaté en pleine rue Lortet, rappelant brutalement l’urgence de la situation.
Il est important de noter qu’a l’écriture de cet article, un nouveau campement est en cours d’installation rue Prosper Chapper, avec une progression exponentielle et inquiétante pour les riverains.
Des promesses sans suite
Dans leur courrier adressé à Fabienne Buccio, Préfète de la région Auvergne Rhône-Alpes, Préfète de la zone de défense et de sécurité Sud-Est, Préfète du Rhône, les signataires rappellent que les élus locaux ont été informés à maintes reprises. Fanny Dubot, Maire du 7ᵉ arrondissement, et Mohamed Chihi, Adjoint à la Sécurité, ont été interpellés à plusieurs reprises, sans que des solutions pérennes ne voient le jour. Leur réponse ? « Faire le point à la rentrée sur les avancées permises par les actions en cours », une proposition jugée inacceptable par les riverains. « En quoi deux mois supplémentaires, surtout en juillet et août, pouvaient-ils améliorer les choses ? », interroge la lettre ouverte. Pendant ce temps, les nuisances se sont intensifiées, et les commerçants voient leur activité décliner.
« On a l’impression que les autorités attendent que la situation devienne ingérable pour agir », déplore Matthieu Bertapelle, directeur général de La Commune, un lieu culturel emblématique du quartier. « On nous dit que les évacuations prennent du temps, mais pendant ce temps, les habitants vivent dans l’angoisse. » La colère est d’autant plus vive que les problèmes sont connus depuis longtemps. « Cette situation n’est pas tenable », martèle Lucas Latocca.
Une mobilisation citoyenne pour briser l’isolement
Face à l’inaction des institutions, le Comité d’Intérêt Local (C.I.L.) Lyon 7 a décidé de prendre les devants.
Une soirée de concertation a été organisée à La Commune pour fédérer riverains, collectifs et commerçants autour des enjeux du quartier : sécurité, économie locale, vie sociale. L’objectif ? Cartographier les problèmes et proposer des solutions concrètes. « Le ‘vivre ensemble’ ne peut pas être un simple slogan », souligne un participant. « Quand l’État et la Mairie tergiversent, c’est à nous, citoyens, d’agir. »
Cette mobilisation a permis de rassembler une centaine de riverains dont des habitants, des collectifs d’habitants, des commerçants. Ensemble, ils ont cosigné la lettre ouverte à la Préfecture, exigeant une intervention rapide. « Nous ne voulons pas d’un quartier en déperdition, mais d’un quartier vivable », résume Lucas Latocca.
La lettre demande notamment :
- un plan d’urgence pour sécuriser les espaces publics, en particulier le parking DHL et la rue Lortet ;
- une réunion commune entre la Préfecture, la Métropole et la Ville ;
- un renforcement des patrouilles de police municipale et nationale, en coordination ;
- un soutien aux commerçants affectés par la baisse de fréquentation.
Des réactions politiques en demi-teinte
Du côté de la Mairie du 7ᵉ arrondissement, on met en avant le travail des polices municipale et nationale, ainsi que celui des médiateurs de rue, présentés comme des acteurs clés de la prévention. « Le dialogue et la tranquillité publique sont nos priorités », peut-on lire dans le dernier numéro du Journal du 7ᵉ. Pourtant, sur le terrain, les riverains attendent des actes concrets.
Une nouvelle action est prévue si aucune réponse concrète n’est apportée. « Les riverains et les commerçants sont déterminés à obtenir gain de cause. L’heure n’est plus aux promesses, mais à l’action, car certes la situation humanitaire de ces personnes en précarité est incontestablement déplorable au regard des conditions d’accueil qu’offre la Ville et la Métropole de Lyon mais il en va aussi de la sécurité de nos concitoyens et de la salubrité de nos espaces publics ! », conclut Lucas Latocca le Président du Comité d’Intérêt Local (C.I.L.) Lyon 7.
Le Comité d’Intérêt Local (C.I.L.) Lyon 7.

